On les longe parfois sans les remarquer. Cachés dans la végétation et serpentant discrètement en bordure du cours d’eau principal, les adoux sont pourtant considérés comme des sites spécifiques de la richesse écologique des rivières en tresses. Si plusieurs études et actions ont permis d’améliorer les connaissances sur ces milieux dans le Buëch, elles n’ont porté que sur une partie d’entre eux. Ainsi, des questions demeurent : combien sont-ils réellement ? Où se trouvent-ils ? À quoi ressemblent-t-ils ?
Pour répondre à ces questions, le SMIGIBA a confié à Léa Galland, stagiaire en master Science de l’eau Dynamique des écosystèmes aquatiques, la mission de caractériser les adoux du bassin versant du Buëch.
L’objectif : améliorer les connaissances sur ces milieux afin de mieux les prendre en compte dans les actions de gestion et de préservation.

Les adoux, des « refuges » pour la biodiversité
Les adoux sont de petits ruisseaux s’écoulant en marge du cours d’eau principal. Ils sont généralement alimentés par la nappe d’accompagnement du cours d’eau ou par des sources de versant. De par la relative stabilité de leur débit et de leur température ainsi que leur eau claire et oxygénée, les adoux jouent un rôle important dans l’écologie de nombreuses espèces. Ils constituent notamment des zones de reproduction pour des espèces de poissons telles que la Truite Fario, des habitats favorables au Castor d’Europe et à l’Écrevisse à pattes blanches, ainsi que des refuges pour une flore aquatique encore peu connue sur le territoire.


Cette stabilité, bien que relative (Garcin, 2014), a un rôle de soutien hydrologique en période d’étiage mais est également une zone de refuge pendant les crues hivernales. Les adoux sont ainsi reconnus dans le contrat de rivière sur le bassin du Buëch (2008/2017) comme « des sites spécifiques de la richesse écologique du Buëch » et, par conséquent, directement ciblés dans plusieurs actions du second contrat de rivière (2026/2028) et dans des actions du document d’objectifs du site Natura 2000 du Buëch.
Un milieu spécifique à la rivière en tresses
La formation des adoux est caractéristique des rivières dynamiques à fort charriage, typiques des zones de piémont, présentant un style fluvial en tresses. Le fort hydrodynamisme de ces cours d’eau permet une évolution constante de la morphologie (Agence de l’eau RMC, 2019). Ainsi, certains anciens bras du Buëch peuvent être abandonnés, permettant l’installation d’une végétation plus ou moins stable selon les conditions hydrologiques. Dans le cas de la mise en place d’une végétation stable, le cours d’eau principal s’écoule en marge de cette formation, ce qui favorise la formation d’une terrasse due à une anse d’érosion, accentuant progressivement la déconnexion de cette zone avec le cours d’eau principal. Les adoux se forment alors dans ces anciens bras, où des résurgences émergent de la nappe associée au cours d’eau principal ou du versant.

Cependant, leur morphologie peut être fortement influencée par les aménagements humains tels que les digues, les routes… . Cette influence a conduit à distinguer plusieurs contextes d’adoux :
Une campagne de terrain à l’échelle du bassin versant
Entre janvier et mars 2026, l’ensemble des adoux identifiés lors des précédents travaux ont été prospectés. Les relevés ont été réalisés de la confluence jusqu’aux sources afin d’obtenir une cartographie précise des écoulements et des éléments associés.
Chaque adoux a fait l’objet d’une caractérisation comprenant notamment :

Au total, 28 adoux préalablement identifiés ont été prospectés. Cette campagne a conduit à écarter plusieurs sites qui ne correspondaient pas à la définition retenue, mais également à découvrir un nouvel adoux. À l’issue de l’étude, 25 adoux ont été retenus et cartographiés, représentant plus de 31 kilomètres de linéaire sur le bassin versant.
Un travail complémentaire sera réalisé par la suite afin de prospecter 20 adoux potentiels, identifiés par photo-interprétation mais encore inconnus à ce jour.
Une grande diversité entre adoux
Ce travail a permis de mettre en évidence la grande diversité des adoux du Buëch, en termes de morphologie et d’habitats. À titre d’exemple, certains ne mesurent que quelques dizaines de mètres et sont alimentés par une unique source, tandis que d’autres s’étendent sur plusieurs kilomètres et peuvent être alimentés jusqu’à 49 résurgences.


L’analyse des données a permis, en outre, de mettre en évidence les premiers type d’adoux. En effet, les adoux du Buëch aval se distinguent généralement par leurs largeurs importantes et leurs zones lentiques. D’autres groupes regroupent des adoux de petite taille peu différenciés, tandis que certains, comme le Fontenil, les Casses ou Beaumette, se caractérisent par une forte complexité morphologique.
Cette première typologie constitue une base intéressante mais reste à compléter et à améliorer pour une meilleure différenciation.
Une base de connaissances pour leur gestion
Au-delà de l’inventaire, ce travail a permis de réaliser des fiches descriptives pour les adoux fonctionnels recensés. Ces documents constituent désormais une base de référence pour le suivi de ces milieux.
Ce travail marque ainsi une étape dans l’amélioration des connaissances sur les adoux du Buëch. Mieux connaître ces milieux, c’est aussi mieux les préserver afin de garantir le maintien de leur rôle écologique.
Et maintenant ? Plusieurs pistes restent à approfondir. Des prospections en période de basses eaux permettra de mieux cartographier les écoulements permanents. De plus, la collecte de données hydrologiques, physico-chimiques et biologiques permettra de mieux caractériser ces milieux. Ce travail sera poursuivi, complété et enrichi par Léa l’année prochaine, dans le cadre de son contrat d’apprentissage.
En savoir plus :
Les données sont disponibles au téléchargement ci-dessous :




