À la recherche des frayères de truites dans les adoux du Buëch

Depuis les travaux de restauration des adoux réalisés en 2011 dans le cadre du contrat de rivière, l’OFB, l’AAPPMA et le SMIGIBA réalisent un comptage des frayères de truites dans 4 adoux du Petit et du Grand Buëch. Frayères ? Adoux ? Comptage ? Visite guidée avec Léa, stagiaire au SMIGIBA, en charge du suivi des adoux justement.
Par Léa Galland, stagiaire au SMIGIBA

Les adoux, pouponnières du Buëch

Les adoux sont de petits ruisseaux s’écoulant en marge du cours d’eau principal. Ils sont généralement alimentés par la nappe d’accompagnement du cours d’eau ou par des sources de versant. De par la relative stabilité de leur débit et de leur température et de par leur eau claire et oxygénée, les adoux jouent un rôle important dans l’écologie de nombreuses espèces.

Dans un contexte de changement climatique marqué par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des crues hivernales qui emportent les frayères dans le lit du Buëch, ces milieux revêtent une importance accrue. En effet, grâce à leur fonctionnement hydraulique plus stable, les adoux offrent des conditions favorables à la reproduction de la truite fario et au développement des juvéniles, même lors des épisodes de crues ou d’étiage .

Adoux de la Baumette
photo d'une truite fario dans l'eau au dessus d'un lit de gravier
Truite fario dans un adoux du Grand Buëch

Au-delà de cette espèce, les adoux servent également de refuge pour d’autres espèces (chabot commun, écrevisse à pattes blanches, …). Ils sont privilégiés comme habitat par le castor et le campagnol amphibie, mais aussi par certains amphibiens et reptiles. Enfin, ils servent également de lieu de ponte pour de nombreux insectes, qui attireront à leur tour des prédateurs comme les chauves-souris.

2 écrevisses à pied blanc cachées dans les galets du Buëch
Écrevisses à pattes blanches dans un adoux du Buëch

Ainsi, la bonne fonctionnalité de ces milieux spécifiques conditionne le bon état de conservation de l’ensemble du cortège d’espèces du Buëch.

Des adoux choyés

Des opérations de restauration en 2011

Dans le cadre du contrat de rivière sur le bassin du Buëch, des actions de restauration des adoux dans un objectif piscicole ont été entreprises en 2010 puis en 2011 (action B1.6 « restauration piscicole des adoux »).

Les travaux de restauration piscicole des adoux répondaient à plusieurs objectifs :

  • assurer la libre circulation piscicole par l’enlèvement des obstacles ;
  • désenvaser le cours des adoux par l’adaptation de la section hydraulique : diminution de largeur pour éviter la sédimentation des éléments fins ;
  • diversifier la capacité d’accueil des adoux, par la création de caches, la pose de blocs… ;
  • assurer le bon équilibre du milieu par une gestion adaptée de la ripisylve.
Déflecteur en génie végétal sur l’adoux de la Garenne pour accélérer le courant et réduire l’envasement

Un suivi annuel depuis la restauration

Suite à la réalisation de ces travaux, afin d’évaluer leur intérêt, il a été décidé d’effectuer un suivi centré sur les frayères de la truite fario. Ce type de suivi permet ainsi d’évaluer si le lit des adoux préalablement décolmatées est utilisée par les salmonidés.

Le comptage des frayères a l’avantage de nécessiter peu de moyens humains et matériels. Cependant, le repérage et la validation des nids requièrent de bonnes connaissances de terrain. Reconnaître une frayère n’est pas chose aisée : il faut qu’il y ait la présence d’une « dépression amont » et d’un « dôme aval » bien marqués. Ainsi, les simples « grattés » ne sont pas comptabilisés.

Schéma type d’une frayère de truite fario – Léa Galland

Depuis 2011, des suivis ont eu lieu chaque hiver, pendant la période de reproduction de la truite fario, ce qui permet à ce jour de disposer de données sur plus de dix ans. Bien que les résultats des campagnes de comptage actuelles ne permettent plus d’évaluer l’efficacité des travaux entrepris en 2010 et en 2011, ils restent néanmoins de bons indicateurs afin d’évaluer la fonctionnalité des adoux.

Combien de frayères cette année alors ?

Quatre adoux font l’objet de ce comptage :

  • les Glacières et la Garenne sur le Grand Buëch;
  • le Fontenil et Baumette sur le Petit Buëch.

3 journées complètes de terrain ont été nécessaires pour parcourir ces quatre adoux et relever les frayères présentes. Les techniciens du SMIGIBA, les bénévoles de l’AAPPMA et deux agents de l’Office Français de la Biodiversité ont constitué les équipes de comptage.

Les résultats des comptages sont les suivants :

Adoux des Glacières : 72 frayères recensées, 10% de moins qu’en 2025
Adoux de la Garenne : 37 frayères recensées, soit le même nombre qu’en 2025
Adoux du Fontenil : 53 frayères recensées, soit 44% de moins qu’en 2025
Adoux de la Baumette : 24 frayères recensées, soit 37% de moins qu’en 2025

Ces données mettent en évidence une tendance générale à la diminution du nombre de frayères observées cette année, plus ou moins marquée selon les adoux. Il n’est jamais aisé de donner une explication aux variations du nombre de frayères sur un adoux : effet de la répétition des crues, colmatage de certains secteurs, les causes peuvent être multiples.

En conclusion rappelons que ce suivi porte uniquement sur l’aspect piscicole, plus précisément sur la reproduction des truites. Il ne permet donc pas de statuer sur la fonctionnalité écologique globale des adoux. Dans cette optique, il est prévu de compléter ce suivi dans les années à venir par l’intégration d’autres indicateurs.

Un suivi spatial des frayères pourrait ainsi être développé pour certains adoux. A partir du mois d’octobre des inventaires de macro-invertébrés seront réalisés à l’image de celui réalisé dans le cadre de l’étude généralisée des adoux du Sud (MRE, CEN PACA). Un diagnostic approfondi des adoux sera engagé à partir de 2027 dans le cadre du contrat de rivière eau et climat du Buëch, en collaboration avec la fédération de la pêche des Hautes-Alpes.

Par ailleurs, un stage mené avec le SMIGIBA sur le suivi des adoux est en cours ; il permettra notamment d’améliorer la cartographie de ces milieux sur le territoire et de renforcer les connaissances associées. Bref, vous n’avez pas fini d’entendre parler des adoux !

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