Caractérisation des adoux du Buëch : vers une donnée homogène

On les longe parfois sans les remarquer. Cachés dans la végétation et serpentant discrètement en bordure du cours d’eau principal, les adoux sont pourtant considérés comme des sites spécifiques de la richesse écologique des rivières en tresses. Si plusieurs études et actions ont permis d’améliorer les connaissances sur ces milieux dans le Buëch, elles n’ont porté que sur une partie d’entre eux. Ainsi, des questions demeurent :  combien sont-ils réellement ? Où se trouvent-ils ? À quoi ressemblent-t-ils ?

Pour répondre à ces questions, le SMIGIBA a confié à Léa Galland, stagiaire en master Science de l’eau Dynamique des écosystèmes aquatiques, la mission de caractériser les adoux du bassin versant du Buëch.  

L’objectif : améliorer les connaissances sur ces milieux afin de mieux les prendre en compte dans les actions de gestion et de préservation. 
Par Léa GALLAND, stagiaire au SMIGIBA
photographie de l'adoux du Fontenil. On y voit le petit ruisseau (adoux) qui s'écoule dans une forêt
Adoux du Fontenil

Les adoux, des « refuges » pour la biodiversité

Les adoux sont de petits ruisseaux s’écoulant en marge du cours d’eau principal. Ils sont généralement alimentés par la nappe d’accompagnement du cours d’eau ou par des sources de versant. De par la relative stabilité de leur débit et de leur température ainsi que leur eau claire et oxygénée, les adoux jouent un rôle important dans l’écologie de nombreuses espèces. Ils constituent notamment des zones de reproduction pour des espèces de poissons telles que la Truite Fario, des habitats favorables au Castor d’Europe et à l’Écrevisse à pattes blanches, ainsi que des refuges pour une flore aquatique encore peu connue sur le territoire.

Photographie d'une écrevisse à pattes blanches, posée sur des galets dans l'eau les pinces levées
Écrevisse à pattes blanches (Austropotamobius pallipes) dans un adoux du Buëch – E.Burlet
Végétation aquatique de l'adoux de Tuillière. On y observe notamment du cresson, du callitriche  et des mousses aquatiques du genre Fontinalis, se développant sur un substrat limoneux.
Plantes aquatiques (Callitriche, Cresson de fontaine et Algues vertes) sur l’adoux de Tuillière

Cette stabilité, bien que relative (Garcin, 2014), a un rôle de soutien hydrologique en période d’étiage mais est également une zone de refuge pendant les crues hivernales. Les adoux sont ainsi reconnus dans le contrat de rivière sur le bassin du Buëch (2008/2017) comme « des sites spécifiques de la richesse écologique du Buëch » et, par conséquent, directement ciblés dans plusieurs actions du second contrat de rivière (2026/2028) et dans des actions du document d’objectifs du site Natura 2000 du Buëch.

Un milieu spécifique à la rivière en tresses

La formation des adoux est caractéristique des rivières dynamiques à fort charriage, typiques des zones de piémont, présentant un style fluvial en tresses. Le fort hydrodynamisme de ces cours d’eau permet une évolution constante de la morphologie (Agence de l’eau RMC, 2019). Ainsi, certains anciens bras du Buëch peuvent être abandonnés, permettant l’installation d’une végétation plus ou moins stable selon les conditions hydrologiques. Dans le cas de la mise en place d’une végétation stable, le cours d’eau principal s’écoule en marge de cette formation, ce qui favorise la formation d’une terrasse due à une anse d’érosion, accentuant progressivement la déconnexion de cette zone avec le cours d’eau principal. Les adoux se forment alors dans ces anciens bras, où des résurgences émergent de la nappe associée au cours d’eau principal ou du versant.

Comparaison des photographies aériennes de 1950 et de 2025 au niveau de l’adoux de Fonteygnioux. Cette évolution met en évidence la formation progressive de l’adoux, favorisée notamment par le développement de la végétation dans le lit du Buëch
Evolution de la morphologie en tresses du Buëch aval, au niveau de l’adoux de Fonteygnioux entre 2025 et 1950

Cependant, leur morphologie peut être fortement influencée par les aménagements humains tels que les digues, les routes… . Cette influence a conduit à distinguer plusieurs contextes d’adoux :

les adoux forestiers : forme la plus naturelle, s’écoulant dans une végétation forestière
les adoux mixtes : présentent une zone naturelle et une autre zone semi-naturelle
les canadoux : fortement anthropisés, leur chenal est souvent canalisé

Une campagne de terrain à l’échelle du bassin versant 

Entre janvier et mars 2026, l’ensemble des adoux identifiés lors des précédents travaux ont été prospectés. Les relevés ont été réalisés de la confluence jusqu’aux sources afin d’obtenir une cartographie précise des écoulements et des éléments associés.

Chaque adoux a fait l’objet d’une caractérisation comprenant notamment :

la localisation des sources et des confluences
une cartographie de l’écoulement de l’eau
une estimation de la classe de largeur et profondeur du lit
les caractéristiques de la végétation
les observations de faune et de flore
la présence d’aménagements ou d’ouvrages hydrauliques
Schéma des données géoréférencées  récoltées sur le terrain soit les points GPS de la confluence et source; écrevisse; prise d'eau; gîte et barrage de castor; rejet et autres aménagements
Schéma du protocole de cartographie des adoux – L. GALLAND

Au total, 28 adoux préalablement identifiés ont été prospectés. Cette campagne a conduit à écarter plusieurs sites qui ne correspondaient pas à la définition retenue, mais également à découvrir un nouvel adoux. À l’issue de l’étude, 25 adoux ont été retenus et cartographiés, représentant plus de 31 kilomètres de linéaire sur le bassin versant. 

Un travail complémentaire sera réalisé par la suite afin de prospecter 20 adoux potentiels, identifiés par photo-interprétation mais encore inconnus à ce jour.

Une grande diversité entre adoux 

Ce travail a permis de mettre en évidence la grande diversité des adoux du Buëch, en termes de morphologie et d’habitats. À titre d’exemple, certains ne mesurent que quelques dizaines de mètres et sont alimentés par une unique source, tandis que d’autres s’étendent sur plusieurs kilomètres et peuvent être alimentés jusqu’à 49 résurgences. 

Cartographie de l'adoux de l'Alpillonne. Il est représenté par un chenal une source et une confluence avec le Buëch
Cartographie de l’adoux de l’Alpillonne
Cartographie de l'adoux du Fontenil. Il est représenté par une multitude de branche, de nombreuses sources et confluences ainsi que des d'aménagements divers et la présence d’écrevisse et de castor
Cartographie de l’adoux du Fontenil

L’analyse des données a permis, en outre, de mettre en évidence les premiers type d’adoux. En effet, les adoux du Buëch aval se distinguent généralement par leurs largeurs importantes et leurs zones lentiques. D’autres groupes regroupent des adoux de petite taille peu différenciés, tandis que certains, comme le Fontenil, les Casses ou Beaumette, se caractérisent par une forte complexité morphologique.

Cette première typologie constitue une base intéressante mais reste à compléter et à améliorer pour une meilleure différenciation.

Une base de connaissances pour leur gestion 

Au-delà de l’inventaire, ce travail a permis de réaliser des fiches descriptives pour les adoux fonctionnels recensés. Ces documents constituent désormais une base de référence pour le suivi de ces milieux. 

Ce travail marque ainsi une étape dans l’amélioration des connaissances sur les adoux du Buëch. Mieux connaître ces milieux, c’est aussi mieux les préserver afin de garantir le maintien de leur rôle écologique.  

Et maintenant ? Plusieurs pistes restent à approfondir. Des prospections en période de basses eaux permettra de mieux cartographier les écoulements permanents. De plus, la collecte de données hydrologiques, physico-chimiques et biologiques permettra de mieux caractériser ces milieux. Ce travail sera poursuivi, complété et enrichi par Léa l’année prochaine, dans le cadre de son contrat d’apprentissage.  

En savoir plus :  

Les données sont disponibles au téléchargement ci-dessous : 

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