Un nouvel ostracode dans les eaux du Buëch

Vous ne le croirez peut être pas, mais une nouvelle espèce d’ostracode a été découverte dans les graviers formant le lit du Buëch. Vous ne savez pas ce que c’est qu’un ostracode ? Pas de panique, Pierre Marmonier, enseignant chercheur au Laboratoire d’Écologie des Hydrosystèmes Naturels et Anthropisés à l’Université Lyon 1 et Colin Issartel, assistant ingénieur, nous expliquent tout ce qu’il y a à savoir sur ce minuscule crustacé et sur son confrère découvert dans les eaux du Jabron voisin.
Par Colin Issartel et Pierre Marmonier, LEHNA, CNRS et Université Lyon 1

Une nouvelle espèce de petit Crustacé souterrain a été découverte dans les graviers formant le lit du Buëch. Pour être complet, il faut mentionner qu’une nouvelle espèce a également été découverte et du Jabron. Minuscules (un demi millimètre), aveugles, dépigmentés, ces animaux sont des témoins de la grande qualité des eaux des rivières en tresse du Sud des Alpes, mais aussi des acteurs de leur bon fonctionnement.

Les Crustacés sont surtout connus du grand public par leurs plus gros représentants vivant en mer et consommés par l’homme, comme les crabes ou les langoustes. Toutefois, il existe aussi des Crustacés d’eau douce, vivant dans nos lacs et rivières, mais aussi dans les eaux souterraines. Parmi eux, on rencontre des Ostracodes : de petits crustacés possédant 2 valves calcaires.

Ces crustacés des eaux souterraines vivent dans les grottes, les sources et les puits, mais aussi dans les graviers situés sous les rivières, dans les interstices des sédiments. Ils vivent dans le noir complet et sont généralement aveugles et dépigmentés. Leur milieu de vie est très pauvre en aliments, ils compensent ce manque en menant une vie très économe, souvent au ralenti.

Dans le Buëch et ses affluents, deux espèces d’Ostracodes souterrains ont été collectées au cours d’un programme sur les rivières en tresse, animé par la Zone Atelier Bassin du Rhône, dont la partie écologique a été réalisée par Cécile Capderrey, Florian Malard et Christophe Douady du CNRS et de l’Université Lyon 1.

Ces deux nouvelles espèces sont de très petite taille, environ un demi millimètre, et vivent entre les graviers et les grains de sable du lit du Buëch et du Jabron. Elles font partie du même genre : Schellencandona. L’une est présente en plusieurs sites le long du Buëch. Elle a été dédiée à Dan Danielopol, un spécialiste autrichien, d’où son nom « danielopoli » (Photo 1). La seconde a été collectée dans un seul site sur le Jabron, c’est donc une espèce endémique, elle a été dédiée à Cécile Capderrey, d’où son nom « capderreyae » (Photo 2).

Ces deux espèces souterraines sont très sensibles aux perturbations de l’environnement. Heureusement, la très bonne qualité des eaux de ces cours d’eau leur permet de survivre et de se développer dans leurs sédiments. Les galets, graviers et sables qui forment le fond de ces cours d’eau ne sont pas seulement un habitat de vie pour ces crustacés, car ils hébergent aussi de nombreuses bactéries qui sont des acteurs essentiels au maintien de la qualité des eaux, en filtrant la rivière, les galets et graviers suppriment les possibles pollutions. On parle d’auto-épuration. Mais pour être efficaces, ces bactéries qui forment un film sur les particules, doivent être régulièrement régénérées, leur communauté doit être rajeunie. Et les principaux acteurs de ce rajeunissement sont les crues qui bouleversent le fond des rivières en tresse et les petits animaux, comme nos deux ostracodes, les vers, les mollusques et les insectes, qui broutent le film bactérien des interstices. Cette biodiversité est donc essentielle et mérite d’être protégée.

Ces deux nouvelles espèces de crustacés ostracodes sont donc à la fois des témoins et des acteurs de la qualité de nos rivières.

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