Une journée mondiale pour les zones humides

À l’occasion de la Journée Mondiale des Zones Humides qui s’est tenue ce 2 février, le SMIGIBA souhaite mettre en avant l’importance des zones humides présentes sur le territoire. Des lacs d’altitudes aux adoux bordants la rivière, en passant par les marais, forêts et prairies humides, c’est toute une diversité qu’il est primordial de préserver, aussi bien pour le patrimoine naturel que ces zones représentent que pour les nombreux services qu’elles nous rendent.
Par Théophane Rouballay, animateur des sites Natura 2000 du marais de Manteyer, du Buëch et des gorges de la Méouge.

Mais avant toute chose… qu’est-ce qu’une zone humide ?

En matière d’écologie, les milieux qui sont dits humides regroupent l’ensemble des lieux de vie dont l’existence est liée à la présence particulière, temporaire ou permanente, d’eau. Ainsi dans ces milieux, une majeure partie de la vie qui s’est développée est liée à cette présence particulière de l’eau.

Depuis la loi sur l’eau de 1992, afin de protéger ces milieux fragiles, une définition légale d’une zone humide a été introduite dans le code de l’environnement :

le marais de Manteyer en hiver, avec Céüse enneigée en fond

Pourquoi préserver les zones humides ?

Les zones humides, des milieux longtemps méprisés

Malheureusement, les milieux humides n’ont pas toujours eu bonne réputation au sein de nos sociétés. À cause de leur air parfois qualifié de mauvais et supposément vecteur de maladie (« mauvais air » = mala aria en italien) et de leur terre considérée comme improductive pour le développement des cultures, de nombreuses zones humides ont été drainées et asséchées au cours des derniers siècles, et en particulier durant le XXème siècle.

Entre 1960 et 1990, il est considéré que ce sont près de 50 % des zones humides du territoire français qui ont disparues (source: rapport préfet Paul Bernard, 1994). Cette tendance est en baisse aujourd’hui et si la disparition des zones humides ralentie, l’état et la fonctionnalité des milieux humides encore existants restent fragiles. Il est alors essentiel d’agir pour les protéger.

schéma de l'état de la biodiversité des milieux humides en France
Cliquez sur le schéma pour l’agrandir et pouvoir explorer l’état des différents types de milieux humides (source : guide « La biodiversité des milieux humides français » OFB – ONB, lien de téléchargement en fin d’article)

Les différents services rendus par les zones humides

Si aujourd’hui les zones humides sont protégées par la loi, c’est pour les services précieux qu’elles procurent aux humains, de la filtration des eaux douces à l’alimentation, en passant par l’atténuation des crues, la recharge des nappes souterraines et l’humidification des sols, l’atténuation des changements climatiques et la préservation de la biodiversité. On parle de services écosystémiques. En voici une revue rapide !

Elles permettent de stocker l’eau pour humidifier les sols

Les milieux humides sont de véritables éponges pour notre territoire. L’eau en excès lors des périodes de précipitations est ralentie puis stockée. Cela va également faciliter l’infiltration de l’eau dans les nappes phréatiques. Cette eau sera restituée lors des périodes les plus sèches. On voit alors que supprimer des zones humides risque d’aggraver la sécheresse des sols et de compromettre les cultures.

Elles permettent de lutter contre les inondations

Lorsque les précipitations sont telles que la rivière est en crue, les zones humides peuvent permettre aux hautes eaux de s’étaler. La quantité d’eau ainsi stockée va diminuer le débit maximal de la crue. On dit des zones humides qu’elles permettent d’écrêter les crues.

Elles améliorent la qualité de l’eau par filtration

Les eaux qui ruissellent sur les terrains aménagés par les humains ont tendance à se charger en éléments tels le phosphore et l’azote, ainsi qu’en polluants chimiques et biologiques. Ces eaux restituées sans filtration aux milieux naturels peuvent provoquer des déséquilibres écologiques ainsi que des problèmes sanitaires importants, rendant par exemple les eaux impropres à la baignade ou à la consommation. Or, les milieux humides accueillent un nombre important de bactéries, champignons et autres micro-organismes ayant la capacité d’assimiler une partie de ces éléments. On dit qu’ils sont bio-épurateurs. Ces milieux constituent ainsi un véritable réseau de micros stations d’épurations complémentaires aux réseaux d’assainissement des communes.

Elles nous aident à lutter contre le changement climatique

L’eau a un effet important sur la matière organique, elle lui permet de se dégrader plus lentement. De ce fait les milieux humides ont une très forte capacité de stockage du carbone. Pour illustrer cela, il est intéressant de savoir que bien que les tourbières ne représentent que 3% des surfaces émergées sur Terre, elles stockent 30% du carbone des sols du monde entier, soit deux fois plus que les forêts (Parish, et al., 2008 – étude à consulter en suivant ce lien : https://gec.org.my/wp-content/uploads/2024/02/assessment1-rev1.pdf)

Elles constituent une ressource fourragère pour l’agriculture

Les milieux humides ouverts représentent souvent des surfaces intéressantes pour la fauche et le pâturage. Aujourd’hui en France, entre 50 et 66 % des zones humides ont un usage agricole et 40 % d’entre elles sont des prairies humides (CGDD, 2013). De quoi participer de façon importante à la souveraineté alimentaire. (source à consulter sur cette page)

Elles permettent de lutter contre les incendies

Qui a déjà tenté d’allumer un feu avec du bois mouillé s’est bien rendu compte que ce n’était pas une bonne idée. Face aux incendies, les milieux humides constituent parfois le dernier rempart pour empêcher le feu de continuer à se propager. Des chercheurs aux États Unis ont même pu démontrer que les feux de forêt à proximité des bords de rivière où des castors sont présents sont bien moins importants que ceux où ils ne sont pas présents, les castors participant à étendre les zones humides du fait de leurs barrages (Fairfax E., Whittle. 2020 – étude à consulter en suivant ce lien : https://esajournals.onlinelibrary.wiley.com/doi/full/10.1002/eap.2225)

Elles peuvent avoir un intérêt récréatif

Les milieux humides sont aussi parfois des lieux propices pour les promenades. En particulier l’été lorsque la fraîcheur est recherchée. Certains milieux humides permettent aussi la baignade et d’autres attirent les pêcheurs. Pour la qualité de vie et dans la continuité du développement du tourisme vert, les milieux humides apparaissaient comme un atout pour le territoire, à condition toutefois que la fréquentation associée y soit respectueuse du fonctionnement naturel des écosystèmes.

Elles sont un réservoir de biodiversité

Véritables réservoirs de biodiversité, les zones humides offrent des conditions favorables au développement de toutes les formes de vie animales et végétales (oiseaux, mammifères, reptiles, amphibiens, poissons, insectes et plantes…) ainsi que le gîte et le couvert à de nombreuses espèces. Pas moins de 40% des espèces animales et végétales dans le monde dépendent de ces milieux; en France, c’est le cas de la totalité des amphibiens (grenouilles et tritons).

Les services rendus par les zones humides en image

Les services rendus par les zones humides en vidéo

Les zones humides du bassin versant du Buëch

Les divers inventaires qui ont été réalisés sur le territoire du bassin versant du Buëch ont permis d’identifier au moins 5 117 hectares de zones humides, ce qui représente 3.5% de la surface du territoire. Parmi ces zones humides, nous vous présentons les plus emblématiques, avec quelques unes des espèces végétales et animales associées.

Le Buëch et ses bancs de galets

Le Buëch est l’une des plus grandes rivières dites « en tresses » encore présente en France. Les bancs de galets continuellement remaniés par les crues accueillent tout un cortège de plantes et d’insectes spécialisées, qui ont la capacité de coloniser rapidement ces milieux qui peuvent paraître stériles au premier coup d’œil. La largeur de la rivière est importante pour la fonctionnalité de celle-ci et va lui permettre de ralentir considérablement la vitesse de l’eau lors d’une crue.

Sur ces bancs de galets, on peut rencontrer le saule pourpre et le saule drapé ainsi que la glaucière jaune (glaucium flavum). On y croise différents insectes tels que le discret Tétrix grisâtre (un criquet), la cicindèle des rivières ou le gomphe à pinces (une libellule). Des oiseaux affectionnent aussi ces lieux comme le Petit Gravelot et le Guêpier d’Europe, ce dernier nichant dans les berges abruptes du Buëch.

La ripisylve et les adoux

Les bords du Buëch sont constitués d’une forêt caractéristique qu’on appelle la ripisylve, notamment formée de peupliers noirs. Au sein de cette forêt qui s’est développée sur les anciens galets que la rivière a déposé au gré de ses divagations, il est possible de trouver des sources d’eau qui circulent sur une distance plus ou moins longue avant de rejoindre le Buëch. On appelle ces sources des adoux.

La très bonne qualité de l’eau ainsi que la végétation qui s’y développe font de ces adoux des véritables réservoirs de biodiversité. C’est le lieu des herbiers aquatiques, composés notamment de potamots et de carex. Les macro-invertébrés (des larves d’insectes qui vivent leur phase larvaire dans l’eau avant d’émerger) peuplent le fond des adoux : plécoptères, trichoptères et autres éphéméroptères. C’est entre autre le lieu privilégié pour le castor d’Europe et le campagnol amphibie. Différents poissons dont la truite fario y trouvent un lieu propice pour frayer alors que le Buëch est généralement en crue à cette période. Les libellules s’y épanouissent, dont les très rares Agrion de Mercure et Agrion Bleuissant. En cas d’incendie, ces forets humides, si elles sont en bonne santé, constituent de véritables barrières pare-feu.

Les marais et les prairies humides

Ces milieux sont très variés selon le niveau d’eau, la richesse du sol et les pratiques agricole. Lorsque le niveau de l’eau est plus élevé, on parle de marais. Quand le niveau d’eau diminue, on parle de prairies humides. La matière organique qui se dégrade plus lentement en présence d’eau à tendance à s’accumuler dans le sol de ces milieux, ce qui permet ainsi de stocker très efficacement le C02 de l’atmosphère et de participer à la lutte contre le changement climatique. Ce sont des milieux propices à la pousse du foin et au pâturage.

Ce sont les endroits dans lesquels on va pouvoir observer des plantes telles que la reine des près, du roseau et beaucoup de joncs différents. Certaines sont très rares comme la violette naine, ou le choin férrugineux . Un papillon rare, l’azurée de la sanguisorbe, ne peut s’observer par ailleurs que dans ces milieux car il dépend de la présence d’un plante, la sanguisorbe officinale, et d’un genre de fourmi qui va « adopter » ses chenilles . Ces milieux ouverts attirent également de nombreux oiseaux, dont la bouscarle de Cetti, les rousseroles et parfois des rapaces rares comme les busards. Les hérons profitent parfois des arbres encore debout pour y implanter leurs héronnières.

Les lacs et leurs abords

Sur le territoire, il est possible d’aller se promener aux bords de plusieurs lacs, qu’ils soient naturels ou artificiels. En plus d’être des secteurs appréciés pour la promenade ou la baignade, les abords de ces lacs constituent également des milieux naturels qui peuvent être fragiles.

Par exemple, le lac du Lauzon, à Lus la Croix Haute, sur les contreforts du Dévoluy abritent une flore spécifique au climat froids, ainsi qu’une population de triton alpestre.

Le lac du Lauzon à Lus la Croix Haute – photo Marie Floraly

Que fait le SMIGIBA pour protéger les zones humides ?

Une meilleure connaissance des milieux

Depuis sa création et la mise à l’étude du premier contrat de rivière, le SMIGIBA s’est attaché à mieux connaître les zones humides du bassin versant. Les adoux ont été au centre de notre attention, par des études de la faune et de la flore présents dans ces milieux. Ce travail se poursuit, notamment dans le cadre de l’animation du site Natura 2000 du Buëch. Des inventaires des frayères de truite ou des populations d’écrevisses à pied blanc sont ainsi réalisés chaque année, en partenariat avec l’OFB en particulier.

Des travaux d’entretien dans le premier contrat de rivière

Dans le cadre du premier contrat de rivière, des travaux d’aménagement rustique de plusieurs adoux ont été réalisés, afin de favoriser la reproduction de la truite fario. Chaque année, des opérations de nettoyage ciblées sont conduites avec l’AAPPMA de la truite du Buëch.

Des plans de gestion des marais

Le marais de Manteyer, la plus vaste roselière des Hautes Alpes, bénéficie d’un arrêté préfectoral de protection de biotope. Plusieurs plans de gestion sont à l’étude sur la vallée, dans le cadre du plan de gestion stratégique des zones humides conduit par le SMIGIBA.

Et moi, que puis-je faire ?

Vous l’avez compris, les zones humides sont précieuses tant pour la biodiversité qu’elles abritent que pour les nombreux services qu’elles rendent aux humains. La première chose à faire est donc d’éviter de détruire une zone humide. Il faut ensuite en préserver le fonctionnement : ne pas la polluer, ni la remblayer, etc. Consultez les ressources ci-dessous pour plus de détails.

Des ressources pour aller plus loin

Agir pour préserver les zones humides

https://agirbiodiversite.ofb.fr/les-gestes/avoir-la-main-verte/je-protge-les-zones-humides

https://www.ramsar.org/sites/default/files/documents/library/ramsar_factsheet_action_4_fr.pdf

https://www.zones-humides.org/reglementation/travaux-et-activites-reglementes-en-zones-humides-marais

Se documenter et découvrir

-> Consultez le centre de ressources pour les milieux humides

-> Partez à la découverte des zones humides de votre territoire

-> Consultez le guide de la biodiversité des milieux humides français

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